Depuis un peu plus d’un an, on a lancé avec notre club Run’In Rennes le projet de faire le marathon de Rome. Une expérience que nous allons partager à plusieurs. En effet, nous avons mobilisé 17 personnes pour ce défi, dont 14 coureurs ! De quoi se donner un énorme défi entre amis. Ce voyage sera également pour moi l’occasion de pratiquer mon italien et de voir si je peux comprendre autant qu’être compris. Pour voir comment j’ai fait pour apprendre l’italien, vous pouvez vous rendre sur cet article.
On profitera également de rester quelques jours dans la capitale italienne pour en prendre plein les yeux. J’en parlerai au diable plus bas dans l’article.
Le Marathon de Rome: 42.195km de pur bonheur
Afin de parcourir les 42.195km, la distance célèbre du marathon, nous allons passer par les monuments les plus beaux de Rome. En commençant par le premier: le Colisée. Pour nous positionner dans le sas de départ, on doit faire le tour de cet immense stade. Tout en profitant de s’échauffer doucement.
Le top départ est lancé avec les encouragements du public. Nous passerons par différentes places et monuments tout au long de la course.
Ligne de départ du marathon de Rome
Contrairement au marathon de Rennes que j’ai fait l’année dernière, ici je vais courir sans connaitre la ville. Normalement je devrais avoir les yeux un peu plus levés pour éviter de penser à mes jambes. Rome est quand même un musée à ciel ouvert. Et vu que c’est mon deuxième marathon, cette fois ci l’effort et l’alimentation ont été bien mieux gérés qu’au premier.
Comme pour la première fois, il y a eu une phase d’entrainement de 3 mois complets. Trois mois de coaching par mon ami Pierre-Louis pour atteindre mon objectif. Mon objectif était de descendre en dessous des 4 heures (résultat final: 3h59:36 😎).
La fondation de Rome, la légende de Rémus et Romulus
Avant de parler de monuments et de forums, il faut remonter à la source. Et la source de Rome, c’est un mythe qui commence par un infanticide raté, une louve providentielle et un fratricide fondateur. Bienvenue à Rome.
L’histoire démarre à Albe-la-Longue, une ville du Latium. Un roi se fait piquer son trône par son frère Amulius, qui pour éviter tout problème de succession, oblige la fille du roi déchu à devenir prêtresse (et donc à rester vierge). Sauf que la demoiselle tombe enceinte. Du dieu Mars lui-même, dit la légende. Elle accouche de jumeaux : Romulus et Rémus.
Amulius, ordonne de noyer les deux bébés dans le Tibre. Ses serviteurs n’ont pas le courage de vraiment le faire, ils les posent dans un panier sur le fleuve et s’en vont. Le panier s’échoue au pied de la colline du Palatin, là où une louve trouve les deux nourrissons et les allaite. Un berger du coin, Faustulus, les récupère et les élève chez lui.
La Louve avec Romulus et Rémus. Artiste inconnu – Jastrow (2006)
Les jumeaux grandissent, apprennent qui ils sont, renversent le méchant oncle et rendent le trône à leur grand-père.
Les deux frères veulent fonder une nouvelle ville mais ne sont pas d’accord sur la colline. Pour trancher, ils consultent les augures. Le vol des oiseaux, la grande méthode de décision chez les Romains. Rémus voit six vautours. Romulus en voit douze. Victoire de Romulus. Rémus, mauvais perdant, saute par-dessus le sillon sacré que son frère est en train de creuser pour délimiter sa future ville. C’est un geste symboliquement énorme avec une provocation directe. Romulus le tue.
Rome naît donc le 21 avril 753 avant J.-C., selon la tradition. Les Romains célébraient cette date chaque année, et Rome la fête encore aujourd’hui sous le nom de Natale di Roma.
Le Forum Romain: l’ancêtre des forums internet
Le saviez-vous ? Le mot « forum » désigne un lieu de rencontre en latin ? C’est pour cette raison qu’on l’utilise encore aujourd’hui quand on se rend sur un forum internet. Même logique, deux millénaires d’écart.
Et le Forum Romain, c’est exactement ça: le lieu de rencontre de Rome. Pendant plus de douze siècles, tout ce qui comptait dans la vie romaine s’y déroulait. Les premiers aménagements remontent au VIIème siècle avant J.-C. Le dernier monument ajouté, la Colonne de Phocas, date de 608 après J.-C. Entre les deux, la place n’a jamais cessé de se transformer au gré des empereurs qui voulaient tous y laisser leur empreinte.
Concrètement, qu’est-ce qu’on y faisait ? Un peu de tout. Les sénateurs débattaient à la Curie des grandes décisions de l’Empire. Les avocats plaidaient sous les portiques des basiliques pendant que le public regardait. Les marchands tenaient boutique, les changeurs prêtaient à intérêt. Et sous la République, on y organisait même des combats de gladiateurs avant que ces spectacles ne migrent vers des amphithéâtres dédiés. Le Colisée par exemple.
Les ruines du Forum Romain
Et puis il y a ce moment qui résume à lui seul ce qu’était le Forum : en 44 avant J.-C., c’est là que Jules César fut incinéré après son assassinat. Marc Antoine prononça son discours funèbre depuis les Rostres, le peuple s’enflamma, des semaines d’émeutes suivirent. Aujourd’hui encore, des fleurs fraîches sont régulièrement déposées sur l’emplacement de son bûcher.
Après la chute de l’Empire romain d’Occident en 476 après J.-C., le Forum fut abandonné, ensablé, et finit par servir de pâturage les Romains du Moyen-Âge l’appelaient le champ aux vaches. Les marbres sont récupérés pour construire palais et églises. La Basilique Saint-Pierre au Vatican lui doit notamment une bonne partie des siens. On prend ce qui traîne.
Piazza del Popolo
La Piazza del Popolo, c’est la grande entrée de Rome. Pendant des siècles, c’est la première chose que voyaient les voyageurs en arrivant par le nord de Florence, de Paris, de toute l’Europe. La place était clairement conçue pour en mettre plein la vue dès la première seconde.
Au centre, un obélisque de 25 mètres en granit rose égyptien, surmonté d’une croix ajoutée plus tard quand l’Église a décidé de christianiser tous les symboles païens qui traînaient en ville. L’obélisque lui-même a été taillé sous Ramsès II (l’obélisque est donc plus vieux que Rome). C’est Auguste, fils adoptif de César, qui l’a fait rapatrier après la conquête de l’Égypte en 10 avant J.-C.
La Piazza Popolo
Parce que c’est ça, la logique des obélisques à Rome. Les Romains en ont ramené une dizaine d’Égypte et les ont plantés aux endroits les plus visibles de la ville. Le message était simple : on a vaincu la civilisation la plus ancienne du monde connu, et on a rapporté ses monuments comme trophées. La version antique de ramener un maillot après un match.
Rome compte aujourd’hui treize obélisques antiques. Plus qu’aucune ville au monde, y compris en Égypte. Le Caire n’en a plus que cinq. L’histoire a ses ironies.
Quant au nom la « Place du Peuple », il tient son nom de l’église Santa Maria del Popolo, elle-même nommée d’après les peupliers (populus) qui poussaient là autrefois. Moins révolutionnaire que ça en a l’air.
Le Château Saint-Ange: du mausolée à la forteresse
En longeant le Tibre depuis le centre historique vers le Vatican, on tombe sur une bâtisse cylindrique et massive qui détonne un peu avec le reste. Le Château Saint-Ange, c’est un de ces bâtiments romains qui ont tellement changé de fonction au fil des siècles qu’on ne sait plus trop par où commencer.
À l’origine, c’est un mausolée. Construit par l’empereur Hadrien au IIème siècle après J.-C. pour y être enterré avec sa famille. Puis les papes s’en sont emparés au Moyen-Âge pour en faire une forteresse, une prison, et même un refuge personnel relié au Vatican par un couloir secret (le Passetto di Borgo) qui permettait de fuir en cas d’invasion. Ce qui a effectivement servi, notamment lors du sac de Rome en 1527.
Le Castel Sant’Angelo vu depuis le pont éponyme
L’ange en bronze qui trône au sommet donne son nom au château. La légende raconte qu’au VIème siècle, le pape Grégoire Ier aurait eu une vision de l’archange Michel rengainant son épée au sommet de l’édifice qui signe la fin d’une épidémie de peste. Le nom est resté.
Depuis le pont Sant’Angelo qui y mène bordé de statues d’anges sculptées par le Bernin, la vue sur le château est une des plus belles de Rome. Même de l’extérieur, ça vaut le détour.
On se faisait la réflexion en passant devant: aujourd’hui, on créé des bâtiments en attendant d’eux un retour sur investissement. Comme si nous recherchions la praticité et la rentabilité au détriment du beau. À l’époque, ces édifices rendaient honneur aux dieux.
Le monument Victor Emmanuel II: une pièce montée de mariage ?
On ne peut pas le rater. Le monument Victor Emmanuel II, que les Romains appellent affectueusement l’Altare della Patria (l’autel de la patrie). Les italiens ont aussi trouvé des surnoms moins cools comme « la machine à écrire » ou « le gâteau de mariage ». Le monoment est d’une blancheur tirée du marbre de Botticino. Des colonnes sont à n’en plus finir, et deux chars tirés par quatre chevaux en bronze doré qui trônent au sommet. Ils sont le symbole de la victoire et de la puissance militaire.
Il a été construit en l’honneur de Victor Emmanuel II, premier roi d’une Italie unifiée. Parce qu’avant 1861, l’Italie telle qu’on la connaît n’existait pas. C’était une mosaïque de royaumes, de duchés et d’États pontificaux qui se regardaient en chiens de faïence. C’est le Risorgimento (mouvement d’unification) qui a tout rassemblé, avec Victor Emmanuel II comme figure centrale. D’où le titre de père de l’Italie moderne, gravé dans le marbre au sens propre comme au sens figuré.
Le monument Victor Emmanuel II
Le monument abrite aujourd’hui le tombeau du Soldat Inconnu, gardé en permanence par deux soldats. C’est un lieu de mémoire autant qu’un monument.
Mais la vraie bonne raison d’y monter, c’est la vue. Rome à 360 degrés, du Colisée au Vatican en passant par les toits couleur ocre du centre historique. C’est probablement un des meilleurs panoramas de la ville, et il est largement sous-estimé par rapport aux files d’attente qu’il génère. Comptez quand même un peu de patience.
Le Panthéon
Le Panthéon, c’est peut-être le monument qui m’a le plus impressionné à Rome. Pas pour son aspect extérieur et sa façade de colonnes à inspiration grecque, belle mais classique. Non, c’est en levant les yeux sur la coupole qu’on comprend pourquoi Michel-Ange lui-même disait que ce bâtiment semblait « l’œuvre des anges, non des hommes ».
Construit par l’empereur Hadrien entre 118 et 125 après J.-C. Le Panthéon était à l’origine un temple dédié à tous les dieux. Pan : tout, theon : divin. En 609 après J.-C., il devient une église chrétienne, ce qui explique en grande partie son exceptionnel état de conservation. Les envahisseurs pillent rarement leurs propres lieux de culte.
Photo prise à 15h
Photo prise à 3h
Afin de choisir le meilleur moment pour le visiter, je vous laisse les deux photos ci-dessus. Tout au long de la journée, la place est bondée de touristes. Par contre la nuit, elle est vide mais bien éclairée, on peut donc en profiter sans les touristes.
À l’intérieur, la coupole culmine à 43 mètres. C’est exactement le même diamètre que sa hauteur, une sphère parfaite imaginaire. Au sommet, l’oculus, une ouverture de neuf mètres de diamètre ouverte sur le ciel. Par temps de pluie, l’eau tombe directement à l’intérieur et s’évacue par des petits trous dans le sol. Les Romains avaient tout prévu.
Le Panthéon est aussi un mausolée de luxe. Raphaël y est enterré, ainsi que Victor Emmanuel II et le pape Urbain VIII. Pas mal comme voisins de caveau.
Faire un voeu dans la fontaine de Trévi
Il est 3h du matin. On est debout, dans une ruelle romaine, et je tourne au coin d’une rue. Et là, la Fontaine de Trévi, en pleine lumière, quasiment déserte.
La Fontaine de Trévi, c’est la fontaine la plus célèbre au monde, coincée sur une place minuscule au cœur du centre historique. Pas de grande avenue, pas d’esplanade dégagée. La fontaine surgit au détour d’une ruelle, et c’est précisément ce qui la rend si saisissante. On ne la voit pas venir.
La fontaine de Trévi de nuit
Elle a été construite au XVIIIème siècle, achevée en 1762 par Nicola Salvi, sur l’emplacement d’une fontaine bien plus ancienne qui marquait déjà l’arrivée d’un aqueduc romain datant de 19 avant J.-C. : l’Aqua Virgo.
La façade monumentale n’est pas sans rappeler un arc de triomphe, avec au centre Neptune, dieu de la mer, sur son char tiré par deux chevaux marins. L’un est agité, l’autre calme ce qui symbolise les deux humeurs de la mer. Autour, des tritons et des allégories de l’Abondance et de la Santé. Tout ça sur 26 mètres de haut et 49 mètres de large. Minuscule, la place. Gigantesque, la fontaine.
La Fontaine de Trévi de jour
Comment jeter sa pièce dans la fontaine de Trévi ?
On voit souvent des touristes jeter une pièce dans la fontaine. Selon la légende, ça garantit un retour à Rome. Et il y a même une technique officielle : la pièce dans la main droite, lancée par-dessus l’épaule gauche. Je ne sais pas vraiment si ça marche, mais une chose est sûre — la ville de Rome récupère toutes ces pièces pour financer des programmes sociaux. Donc même si vous ne revenez jamais à Rome, dites-vous que vous avez quand même fait une bonne action.
Le Circus Maximus: l’ancêtre du Grand Prix de Formule 1
Le Circus Maximus, c’est une un terrain de jeu coincé entre les collines du Palatin et de l’Aventin. Aujourd’hui c’est un grand espace, difficile à imaginer dans sa splendeur du passé. Et pourtant.
À son apogée sous l’Empire, le Cirque Maxime pouvait accueillir jusqu’à 250 000 spectateurs (4x le Stade de France). C’était le plus grand stade de l’Antiquité, et probablement de toute l’histoire humaine. On y disputait principalement des courses de chars sur une piste de 600 mètres.
Les auriges, ces conducteurs de chars souvent issus des classes populaires, étaient les stars de Rome. Certains gagnaient des fortunes, d’autres mouraient écrasés dans les virages. Le public, lui, était divisé en factions par couleur (les Bleus, les Verts, les Rouges, les Blancs) et les rivalités entre supporters pouvaient dégénérer en émeutes. Les hooligans ont leurs ancêtres.
Le Circus Maximus, arrivée du marathon de Rome
Jules César lui-même y a investi des sommes colossales pour l’agrandir et l’embellir. Auguste y a installé un obélisque égyptien en plein centre. En même temps ils en mettaient partout à cette époque.
Et c’est précisément ici, dans ce cadre chargé de 2800 ans d’histoire, que se termine le marathon de Rome. La ligne d’arrivée est posée là, sur cette ancienne piste de course antique, de quoi nous faire un petit clin d’œil.
Pendant les derniers mètres du marathon. La foule nous porte jusqu’à cette ligne d’arrivée que l’on attend depuis presque 4 heures. Ça me donne la force de pousser le vice et finir cette épreuve au sprint. C’est ça la magie des marathons.
Avec les copains avant le marathon !
Terminer une course de 42 kilomètres là où les courses de chars se disputaient la victoire devant 250 000 Romains. Difficile de trouver une ligne d’arrivée plus chargée d’histoire.
On arrive à la fin de cet article. Si vous avez des remarques ou envie d’échanger sur Rome, les commentaires sont faits pour ça !
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