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Les Pyramides de Güìmar: un musée à ciel ouvert

Temps de lecture estimé : 7 minutes

Quand nous pensons aux pyramides, nous voyons ces grands monuments triangulaires en Egypte. Ces pyramides fabriquées par les pharaons Gizeh et Khéops qui font partie des 7 merveilles du monde antiques, au même titre que le Colosse de Rhodes. Les pyramides de GüÌmar quant-à-elles, ne sont pas aussi imposantes que celles ci. Elles ont cependant de nombreuses similitudes avec les différentes pyramides que nous connaissons à travers le monde. Pas seulement celles d’Egypte, mais également celles d’Amérique du Sud et celles que l’on retrouve en Asie.

La théorie de Thor Heyerdal

Avant de parler des pyramides en elles-mêmes, il faut présenter l’homme sans qui ce musée n’existerait pas. Thor Heyerdahl est un anthropologue norvégien qui passe une bonne partie de sa vie à défendre une idée que beaucoup de ses contemporains trouvent farfelue : des civilisations auraient été en contact à travers les océans bien avant les grandes conquêtes du 15ème siècle. Celles que l’on connaît, les Portugais, les Espagnols le Monument des Découvertes à Lisbonne leur rend d’ailleurs hommage.

Mais Heyerdahl pense qu’il y avait déjà du monde sur ces routes maritimes, bien plus tôt.

Planisphère centré sur l'océan atlantique avec les caravelles de Christophe Colomb et le bateau de Thor Heyerdahl
La route maritime empruntée par les explorateurs

Ce qui l’interpelle, c’est l’accumulation de coïncidences entre des civilisations qui n’auraient théoriquement jamais dû se croiser. Les pyramides d’abord (on en a déjà parlé) mais aussi les bateaux. Les Égyptiens et les Mésopotamiens naviguaient sur des embarcations en roseaux. Les peuples d’Amérique du Sud aussi. Même matériau, même technique de construction, même forme. À des milliers de kilomètres de distance. Le culte du soleil revient également des deux côtés de l’Atlantique : chez les Égyptiens, Inti chez les Incas. Et quand on compare les hiéroglyphes égyptiens avec certains glyphes mayas, les ressemblances donnent à réfléchir.

Pour Heyerdahl, tout ça ne peut pas être une série de hasards. Il y a forcément eu des échanges, des contacts, des traversées. Et il va passer sa vie à essayer de le prouver. Non pas depuis un bureau, mais sur l’eau.

L’expédition de Thor Heyerdahl sur le Kon-Tiki

Afin de prouver sa théorie, Thor Heyerdahl créé le Kon-Tiki, un bateau à base de troncs de balsa. Le balsa est une plante que l’on retrouve en Amérique du Sud. Les aventuriers prennent scient des troncs et commencent la création de leur radeau pour traverser l’océan Pacifique. Son objectif est d’utiliser les mêmes outils pour recréer ce radeau pour montrer que le peuple inca du Pérou a pu faire la même traversée en 500 ap. JC.

Le Kon-Tiki prend la mer le 28 Avril 1947. La traversée commencera à Lima, pour ensuite rejoindre la Polynésie le 30 juillet de cette même année. Le livre est disponible sur Amazon. Dans son livre, il décrit tout son voyage à travers l’océan pacifique. Le navire est aujourd’hui au musée du Kon Tiki à Oslo.

Maquettes des bateaux de Thor Heyerdahl
Maquettes des bateaux de Thor Heyerdahl

Cet Indiana Jones des temps modernes fabriquera 2 autres bateaux pour deux autres expéditions:

  • Le Aku-Aku pour se rendre sur l’île de Paques (1955)
  • Le Ra II pour rejoindre les Caraïbes en partant du Maroc (1970)

Ces expéditions avec les bateaux de l’époque inca brisent le mythe comme quoi Christophe Colomb aurait découvert une terre nouvelle. Les peuples anciens eux aussi étaient capables de se rendre sur les autres continents.

Avant de visiter les pyramides, pensez à regarder la vidéo dans l’auditorium du musée. Elle dure une vingtaine de minutes et permet de mieux comprendre la théorie et l’expédition du Kon Tiki. L’audio est traduit dans différentes langues (pas besoin d’apprendre l’espagnol)

Le musée des Pyramides de Güìmar

Nous sommes sur l’île de Tenerife, dans notre voiture en direction de Santa Cruz. Le paysage nous montre à notre droite, la mer bleutée reflétant le soleil et sur la gauche le massif montagneux. Un panneau apparait comme quoi il y a une attraction à visiter: les Pyramides de Güìmar. C’est donc le moment parfait pour nous pour prendre la sortie et occuper notre après midi ensoleillée. Un peu plus haut dans la ville de Güìmar, un grand parking nous accueille vers l’entrée du musée.

L'entrée du parc des Pyramides de Güìmar
L’entrée du parc des Pyramides de Güìmar

À l’intérieur du musée, les théories de Thor Heyerdahl y sont exposées. On y voit les similitudes entre les pyramides à travers le monde. Qu’elles soient en Amérique du Sud ou alors en Asie, c’est souvent des constructions similaires.

Des pyramides un peu spéciales

Un matin de 1991, Thor Heyerdahl tombe sur un article de journal qui parle d’amas de pierres un peu particuliers découverts à Tenerife. Notre explorateur prend sa valise et fait le chemin jusqu’à Güímar.

Un édifice pour rendre hommage au soleil
Un édifice pour rendre hommage au soleil

Ce qu’il y trouve le convainc immédiatement que ce ne sont pas de simples déchets agricoles. Et l’un des éléments qui l’interpelle le plus, c’est l’orientation des structures. Des chercheurs de l’Institut d’Astrophysique des Canaries confirmeront peu après ce qu’il pressentait : les pyramides sont alignées astronomiquement. L’axe principal du complexe pointe vers le coucher du soleil au solstice d’été, tandis que d’autres murs s’orientent précisément vers son lever au solstice d’hiver. Ce n’est pas une coïncidence qu’on obtient en empilant des cailloux au hasard entre deux rangées de figuiers de Barbarie.

Pour Heyerdahl, ce lien avec le soleil n’est pas anodin. Il rappelle que le culte solaire est l’un des grands fils rouges qui relient les civilisations antiques entre elles.

Les Égyptiens vénéraient Râ, le dieu soleil.

Les Incas adoraient Inti, autre incarnation de notre astre.

Les Guanches eux-mêmes, les habitants originels de Tenerife, vouaient un culte à Magec (leur propre dieu du soleil).

Trois civilisations, trois noms différents, même obsession pour l’étoile autour de laquelle la Terre tourne.

Les égyptiens ont-ils vraiment inventé les pyramides ?

C’est la question qu’on finit forcément par se poser en se baladant entre les gradins de Güímar. Et la réponse courte, c’est non.

Les pyramides égyptiennes sont les plus célèbres, les plus grandes, les mieux documentées. Mais elles ne sont pas les premières. Les Égyptiens ont eux-mêmes mis du temps à y arriver. La pyramide de Djéser à Saqqarah, construite vers 2650 av. J.-C. par l’architecte Imhotep, est une pyramide à degrés, comme celles de Güímar.

La pyramide lisse et parfaite de Khéops, celle qu’on voit sur toutes les cartes postales, n’apparaît qu’un siècle plus tard. Les Égyptiens ont donc tâtonné pendant des générations avant d’arriver à la forme qu’on leur attribue instinctivement.

Les pyramides recensées à différents endroits dans le monde
Les pyramides recensées à différents endroits dans le monde

La même idée, partout dans le monde

Et pendant ce temps, d’autres civilisations construisaient la même chose de leur côté. En Mésopotamie, les ziggourats sumériennes datent d’environ 3000 av. J.-C., soit plusieurs siècles avant Djéser. En Amérique du Sud, la civilisation Caral au Pérou érige des structures pyramidales vers 2600 av. J.-C., de façon totalement indépendante. Les Mayas et les Aztèques feront de même bien plus tard, avec leurs propres variantes en les utilisant comme lieux de culte.

La forme pyramidale réapparaît donc partout, à des époques différentes, sur des continents qui n’avaient officiellement aucun contact entre eux (mais ça c’était avant Thor Heyerdahl !).

Coïncidence ou connexion entre les peuples ?

Deux camps s’affrontent sur le sujet et ils ne sont pas près de se réconcilier.

Pour la majorité des archéologues, cette convergence s’explique simplement : la pyramide est la forme naturellement stable quand on empile des matériaux lourds. Chaque couche plus petite que la précédente répartit le poids, ça monte haut, c’est visible de loin, et ça dure. Une solution qui s’impose presque d’elle-même à n’importe quelle civilisation qui cherche à construire quelque chose de monumental.

L'une des pyramides de Güìmar
L’une des pyramides de Güìmar

Pour Heyerdahl, cette explication était un peu trop commode. Trop de similitudes, trop de coïncidences. Les pyramides, les bateaux de roseaux, le culte du soleil, les techniques de momification, tout ça ne pouvait pas s’être développé indépendamment aux quatre coins de la planète.

Le jardin botanique qui entoure les pyramides de Güìmar

On ne s’y attend pas forcément en venant voir des pyramides, mais le parc abrite un jardin botanique qui vaut vraiment le détour. Développé en collaboration avec l’Université de La Laguna, il propose plusieurs espaces spécialisés que l’on parcourt le long de sentiers thématiques.

La star du jardin, c’est le Jardín Venenoso, le jardin des plantes toxiques. Sur 1 500 m², il concentre plus de 70 espèces vénéneuses venues des quatre coins du monde, avec pour chacune des informations sur son degré de toxicité, ses usages médicinaux et les légendes qui lui sont attachées. Certaines espèces sont même exposées sous cage pour éviter tout contact. C’est à la fois beau et légèrement inquiétant, exactement le bon dosage.

Il y a aussi le Jardín Sostenible, qui recrée l’environnement d’un ravin canarien avec sa flore endémique, et le Tropicarium, un espace de recherche dédié aux orchidées et aux plantes carnivores, développé en lien direct avec les travaux de Darwin. Il n’est généralement pas accessible au public, mais des visites pour petits groupes sont parfois organisées.

En 2017, l’ensemble du site a été officiellement reconnu comme jardin botanique par l’Association ibéro-macaronésienne. Une distinction qui prouve que les pyramides ne sont pas la seule raison de faire le déplacement.

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