Le Colisée, symbole de la grandeur romaine
Nous sommes en 72 après JC. Rome est sur le point de voir s’ériger son monument le plus célèbre: l’amphithéâtre Flavien. Que l’on connait mieux de nos jours sous le nom de Colisée. Ce stade de forme ovale symbolise la grandeur romaine, c’est du moins ce que souhaite l’empereur Vespasien.
Entrons dans l’histoire de l’une des sept merveilles du monde, qui est la seule en Europe.
Le grand incendie de Rome
En juillet 64 après J.-C., Rome brûle. Et pas qu’un peu. On parle d’une ville qui compte entre 800 000 et 1 million d’habitants, construite en grande partie en bois. Autant dire que quand ça part, ça part vraiment.
Et là, Néron fait ce que font les opportunistes de tous les temps : il profite du chaos. Il s’approprie une bonne partie du centre-ville pour se construire un palais démesuré, la Domus Aurea. L’empire est à son apogée, il se sent intouchable.
La légende raconte même qu’il aurait joué de la lyre pendant que Rome brûlait. C’est probablement faux, juste une bonne histoire inventée pour accentuer le dégoût qu’on avait pour lui. Mais avouez que l’image est tellement parfaite qu’on a du mal à s’en débarrasser.

Sauf que s’accaparer le centre-ville de la capitale de l’empire devant ses propres habitants, c’est pas franchement la meilleure idée pour rester populaire. Néron se met tout le monde à dos, et quand il meurt, son successeur Vespasien comprend vite le message.
Il faut rendre Rome aux Romains. Et pour ça, il a une idée.
La construction du Colisée: reconquérir le coeur des romains
Huit ans après l’incendie, Vespasien prend alors les rênes de l’empire et décide de frapper fort.
Son idée: construire le monument public le plus grand que Rome ait jamais vu. En plein cœur de la ville, à deux pas du Cirque Maximus. Là où Néron avait érigé son palais privé, Vespasien pose un amphithéâtre pour tout le monde. Le message est clair.
Les travaux démarrent en 72 après J.-C. et s’achèvent en 80. Huit ans de chantier pour un bâtiment qui tiendra presque 2 000 ans. Pas mal le retour sur investissement.

Pour le construire, les Romains ne font pas dans la demi-mesure. 100 000 mètres cubes de travertin, une pierre calcaire beige extraite des carrières de Tivoli, à une trentaine de kilomètres de là, acheminée par le Tibre jusqu’à Rome. 300 tonnes de fer pour les crampons qui lient les blocs entre eux. Des milliers de briques, du tuf volcanique, du béton romain, du marbre pour les décorations. Une machine de guerre logistique avant même d’être un chantier.
Le résultat : une ellipse de 189 mètres de long, 156 mètres de large, 48 mètres de haut. Pour vous donner une idée, c’est à peu près deux fois la longueur d’un terrain de foot, et presque l’équivalent d’un immeuble de 15 étages. Le tout autoportant, sans s’appuyer sur la moindre colline alors que les Grecs avaient besoin d’une pente naturelle pour leurs amphithéâtres. Les Romains quant à eux ont créé leur propre colline artificielle avec un système de voûtes et d’arches en béton. Gênant pour les voisins.
Et sous le Colisée, l’hypogée : un labyrinthe de tunnels et de galeries souterraines où attendaient gladiateurs et animaux avant d’entrer en scène. On y reviendra.
L’inauguration du Colisée
Vespasien meurt en 79 sans voir la fin de son chantier. C’est son fils Titus qui inaugure le Colisée en 80 après J.-C. Et il ne fait pas les choses à moitié.
100 jours de jeux d’affilé. Cent. Jours.
Au programme : des animaux exotiques venus de tout l’empire (lions, tigres, éléphants, rhinocéros, hippopotames, crocodiles). 9 000 bêtes au total auraient été tuées rien que pour l’inauguration, selon l’historien Dion Cassius. Des milliers de gladiateurs s’affrontent. Et pour le clou du spectacle, Titus fait carrément inonder l’arène pour reconstituer une bataille navale. Oui, une bataille navale. Dans un stade. En plein centre de Rome.
C’est d’ailleurs une des choses les moins connues du Colisée : avant l’ajout des sous-sols par Domitien, l’arène pouvait être remplie d’eau. Ces spectacles nautiques n’ont duré qu’une poignée d’années. Domitien, en faisant creuser l’hypogée, les a rendus impossibles. Il a sacrifié les batailles navales au profit d’une machinerie souterraine plus sophistiquée. Vrai dilemme de manager.
Ce record de 100 jours tiendra moins de trente ans. En 107, l’empereur Trajan organise 123 jours de jeux consécutifs avec 10 000 gladiateurs et 11 000 animaux. La surenchère, c’est une tradition romaine aussi.
Les combats de gladiateurs dans l’arène
Quand on dit « gladiateurs », on imagine la même chose : Jules César, le pouce en bas, la mort en direct. La réalité est un peu plus nuancée, et franchement plus intéressante.
Qui étaient-ils vraiment ?
Pour l’essentiel, des esclaves, des prisonniers de guerre et des condamnés à mort. Des gens qui n’avaient pas vraiment eu leur mot à dire dans leur reconversion professionnelle. Mais pas seulement : certains hommes libres s’engageaient volontairement, attirés par la gloire et l’argent. En signant, ils abandonnaient officiellement leur statut de citoyen romain. Le deal était clair : tu deviens une propriété, mais si tu survis et que tu gagnes, tu peux devenir une célébrité.
Parce que oui, les gladiateurs étaient les stars de leur époque. Les équivalents des footballeurs d’aujourd’hui. Ils étaient adulés par le peuple, méprisés par les élites, et sur toutes les affiches.
L’entraînement des gladiateurs
Ils vivaient et s’entraînaient dans des écoles spécialisées, les ludi. La plus connue, le Ludus Magnus, se trouvait juste à côté du Colisée, reliée à l’arène par un tunnel souterrain. Un vrai campus sportif de haut niveau : cellules d’habitation, aire d’entraînement, hôpital, armurerie, morgue. Tout le confort, dans le bon ordre.
Il existait plus d’une vingtaine de types de gladiateurs, chacun avec ses propres armes et son style de combat. Le rétiaire avec son filet et son trident. Le mirmillon avec son grand bouclier et son épée, reconnaissable à son casque orné d’un poisson. Le thrace avec sa dague courbée et son petit bouclier. Les combats étaient organisés pour opposer des profils complémentaires.

Le combat
Première chose à savoir : tous les combats ne se terminaient pas par une mort. Loin de là. Entraîner un gladiateur coûtait extrêmement cher en temps, en nourriture, en soins. Le tuer bêtement au premier combat, c’était une mauvaise opération comptable. Les combats étaient arbitrés, et le vaincu pouvait demander grâce en levant le doigt.
Deuxième chose : le pouce en bas pour condamner, le pouce en haut pour épargner ? C’est probablement une invention. Les historiens pensent que c’est surtout une légende popularisée par un tableau du XIXe siècle. Il existait des signes de la main, oui, mais leur signification exacte reste floue.

Ce qui est sûr, c’est la foule qui se prononçait. Et l’organisateur des jeux qui tranchait, le plus souvent en épargnant. Parce que se faire huer pour avoir tué un gladiateur populaire, c’était aussi une mauvaise opération politique.
La liberté, elle, était bien réelle : un gladiateur qui accumulait les victoires pouvait se voir remettre la rudis, une épée en bois symbolique signifiant qu’il était libre. Pour ceux qui y arrivaient, c’était le bout du tunnel.
Le déclin du Colisée
Le Colisée n’a pas décliné en un jour. C’est une longue histoire d’abandon et de pillage qui n’est pas très glorieuse, mais très humaine.
Avec la montée du christianisme, les jeux s’arrêtent progressivement. Les combats de gladiateurs sont interdits en 404, les chasses aux animaux en 523. Rideau. Après presque 500 ans de spectacles, plus personne ne sait vraiment quoi faire de cet immense machin au milieu de la ville. Il devient tour à tour cimetière, église, forteresse, étable. Un monument qui avait accueilli 50 000 personnes sert à faire paître des bêtes. Le temps fait des choses.
Le coup de grâce, c’est la Renaissance. On a donc besoin de matériaux pour construire des palais et des églises, et le Colisée est une carrière gratuite en plein centre de Rome. Avec l’autorisation officielle du pape, on en extrait du travertin, du marbre, des briques. Une partie de la basilique Saint-Pierre, c’est du Colisée recyclé. Les fameuses cavités visibles sur la façade aujourd’hui ? L’empreinte des 300 tonnes de crampons en fer arrachés pour être fondus. On estime que les deux tiers des matériaux d’origine ont disparu comme ça.

Ce qui l’a finalement sauvé, c’est une légende : la croyance que des martyrs chrétiens y avaient été tués. En 1749, le pape Benoît XIV déclare l’endroit sacré et fait alors cesser le pillage. Pas pour le patrimoine, mais à la suite d’une croyance.
Depuis 1980, il est classé à l’UNESCO. Depuis 2007, il est parmi les 7 nouvelles merveilles du monde. Et aujourd’hui, 7 millions de visiteurs par an viennent se prendre en photo devant ce qui reste. Ce qui reste étant déjà, avouons-le, assez impressionnant.
Un autre Colisée en Tunisie
Une dernière chose avant de partir : le Colisée de Rome n’est pas unique. Les Romains ont essaimé leur modèle dans tout l’empire, et certains de ces édifices sont encore debout et bien mieux conservés que l’original.
Le plus impressionnant : l’amphithéâtre d’El Jem, en Tunisie. Construit au IIIe siècle, il est le troisième plus grand du monde romain, avec ses 148 mètres de long, 122 de large et une capacité de 35 000 spectateurs. Même architecture, mêmes arches superposées, mêmes souterrains pour les gladiateurs et les animaux. Sauf que lui, personne ne lui a volé ses pierres pour construire des palais. Il est en effet toujours là, quasi intact, au milieu d’une ville tunisienne bien vivante qui continue de vivre autour.
L’intérieur du Colisée de nos jours
Bon, parlons de ce que vous allez vraiment voir quand vous entrez.
Premier avertissement : le Colisée ne ressemble pas à ce qu’on voit dans les films. Pas d’arène plate recouverte de sable avec les gradins tout autour. Ce qui s’offre à vous au centre, c’est l’hypogée à nu — le labyrinthe de couloirs et de tunnels souterrains, exposé depuis que le plancher en bois de l’arène a disparu il y a des siècles. Déstabilisant au premier coup d’œil. Fascinant deux secondes après.
Avec un billet standard, vous accédez aux premier et deuxième étages, d’où vous surplombez l’ensemble. La vue donne bien l’échelle de la chose. Avec un billet spécial, vous pouvez descendre dans l’arène reconstituée et voir le Colisée depuis la perspective du gladiateur, les gradins qui montent de partout autour de vous. Ou encore aller dans l’hypogée, en visite guidée et petit groupe uniquement : les couloirs étroits, les puits d’ascenseurs, les emplacements des cages à animaux. Les murs que vous touchez ont presque deux mille ans.

Conseil pratique : réservez en ligne, les billets coupe-file sont indispensables. Et évitez le milieu de journée si vous ne voulez pas visiter le monument le plus emblématique de Rome entre deux groupes scolaires italiens. Le meilleur moment pour visiter le monument est tôt le matin, dès l’ouverture à 8h30.


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