Il y a de ça déjà 6 ans, je traversais le Maroc à partir de Tanger pour rejoindre Marrakech équipée de ma 4L verte pour le 4L Trophy 2020. Cette fois ci c’est pour une toute autre raison que je rejoins la ville rouge. Mon amie Joelle organise un séminaire sur la reprise d’entreprise. Une bonne occasion de venir pour apprendre beaucoup de choses sur la reprise et pour visiter Marrakech.
Direction Marrakech donc, mais pas depuis la France. J’arrive tout juste de Rome, où j’ai couru le marathon. Les jambes encore un peu lourdes, je fais cette fois le trajet seul, direction le Maroc où une quinzaine de participants m’attendent déjà pour le séminaire.
Un séminaire sur la reprise d’entreprise
Pour vous remettre dans le contexte, cela fait déjà un an depuis la reprise de mon entreprise. J’en parle dans cet article. Malgré ma maigre expérience dans la reprise, il y a toujours de nouvelles choses à apprendre. Et c’est justement l’objectif de ce genre de séminaire.
La reprise d’entreprise est de plus en plus prisée par les personnes de ma génération. En effet, nous arrivons dans un moment où bon nombre de baby boomers prennent leur retraite et laissent leurs entreprises sans successeurs. Ce qui offre une belle opportunité pour toutes les personnes qui souhaitent se lancer dans l’entreprenariat sans partir de zéro.
Un atelier dans le jardin de l’hôtel
Le séminaire dure 3 jours et réunit une quinzaine de participants. Joelle, que j’ai connue via mon groupe de course à pied Run In Rennes, a organisé tout un programme d’intervenants pour l’occasion.
L’hôtel où se déroule le séminaire
Nous logeons dans un hôtel un peu esseulé, à l’écart de l’agitation de Marrakech, avec une piscine et une salle de réunion dédiée au séminaire. Le cadre parfait pour se concentrer trois jours durant, loin du bruit de la ville, avant de replonger dedans pour le reste du séjour.
Durant ces trois jours, nous aurons des intervenants pour nous enseigner l’art de la négociation et comment prendre en compte ce que veut le cédant. En fonction de ce qu’il veut et de ce que nous souhaitons, nous pouvons alors entamer des discussions. Ces discussions permettent de trouver une balance qui équilibrera nos envies ainsi que les envies du cédant.
Un autre intervenant sera là pour nous aider à chercher la raison pour laquelle nous souhaitons reprendre une société. Généralement, il y a une raison sous-jacente à simplement « je veux entreprendre ». En répondant à ce pourquoi, nous nous permettons de garder un cap solide sur notre reprise.
L’hôtel où se déroule le séminaire
On y apprendra également à lire et à analyser les bilans comptables pour en apprendre plus sur les chiffres de l’entreprise que l’on rachète. Les bilans comptables sont aussi des indicateurs de bonne ou mauvaise santé des entreprises. Un avocat est également présent tout au long du séminaire pour répondre à nos questions plus juridiques, un vrai plus quand on avance sur des sujets aussi sensibles que la reprise.
C’est toujours un plaisir d’apprendre et de développer ses compétences, et j’en ressors avec pas mal de nouvelles choses en tête pour la suite de ma propre reprise.
Dormir en Riad
Revenons à présent au voyage. Durant ces quelques jours à Marrakech, une fois le séminaire terminé, je vais dormir en riad.
Mais qu’est-ce qu’un riad ? À la base, c’est simplement le mot arabe pour désigner un jardin. Dans l’architecture marocaine, un riad est une maison traditionnelle organisée autour d’un patio intérieur, souvent avec une fontaine ou quelques arbres, sur lequel donnent toutes les pièces de la maison. Contrairement aux façades des maisons de la médina, plutôt austères et fermées sur la rue, tout se joue à l’intérieur : c’est là que se concentrent la lumière, la fraîcheur et la décoration. Beaucoup ont aujourd’hui été transformés en maisons d’hôtes, ce qui permet de dormir dans ce cadre typique le temps d’un séjour.
L’intérieur du riad
Trouver l’adresse du mien n’a pas été une mince affaire. Il y en a énormément à Marrakech, et je suis arrivé un soir où il pleuvait, dans le sud de la médina où les ruelles s’entremêlent façon labyrinthe. Pas évident de s’y retrouver avec un téléphone qui capte mal et des noms de rues qui changent d’un panneau à l’autre (quand ils sont affichés). Mais j’ai fini par trouver avec l’aide des habitants. Je suis tombé sur un riad était vraiment typique : patio central, décorations murales, et cette impression d’être coupé du reste de la ville dès que l’on passe la porte.
Le Jardin Majorelle remis en état par Yves Saint-Laurent
Le Jardin Majorelle est l’un des monuments les plus visités de Marrakech, alors j’ai pris mes billets à l’avance et j’y suis allé tôt le matin pour éviter la foule. On ne croise quasiment aucun Marocain sur place, ce sont presque exclusivement des touristes venus du monde entier.
L’histoire du jardin est presque aussi belle que le jardin lui-même. Il a été créé dans les années 1920-1930 par le peintre français Jacques Majorelle, qui s’installe à Marrakech et façonne peu à peu ce jardin botanique autour de sa villa, en y plantant des espèces venues des cinq continents. C’est lui qui invente ce bleu si particulier, un bleu profond et vif que l’on retrouve partout sur les murs et les bassins, et qui porte aujourd’hui son nom : le bleu Majorelle.
La Villa Majorelle, au coeur du jardin
À la mort de Majorelle, le jardin tombe peu à peu à l’abandon, laissé à lui-même pendant plusieurs années. Il est sauvé dans les années 1980 par Yves Saint-Laurent et son compagnon Pierre Bergé, qui rachètent le domaine, le restaurent et lui redonnent tout son éclat. Aujourd’hui encore, une partie des cendres d’Yves Saint-Laurent repose dans le jardin.
Sur place, on prend surtout une bouffée de fraîcheur, un vrai contraste avec la chaleur du dehors, et on en prend plein les yeux avec toutes ces couleurs, entre le bleu des murs, le vert des bambous et des cactus, et les touches de jaune un peu partout.
La Mosquée Koutoubia, point culminant de Marrakech
Impossible de louper la Koutoubia : avec ses 77 mètres de haut, son minaret est visible depuis quasiment tous les points de la ville, et sert un peu de repère pour se situer dans Marrakech. Comme la plupart des non-musulmans, on ne peut la visiter que de l’extérieur.
Le Minaret de la Mosquée Koutoubia
Une chose m’a intrigué en passant devant : un grand espace vide juste à côté de la mosquée. En me renseignant, j’ai appris qu’il s’agit des vestiges d’une première mosquée, construite au 12e siècle et abandonnée presque aussitôt car mal orientée vers La Mecque. Plutôt que de la corriger, les Almohades ont préféré en construire une seconde juste à côté : celle que l’on visite aujourd’hui. Les deux mosquées ont coexisté plusieurs décennies avant que la première ne tombe en ruine, laissant justement cet espace dégagé que l’on voit encore aujourd’hui.
La Mosquée Koutoubia à côté des restes de l’ancienne mosquée
Palais Bahia
Le Palais Bahia, dont je vous parle sans l’avoir visité cette fois-ci (ce sera pour un prochain passage), est l’un des monuments incontournables de Marrakech. Sa construction débute en 1866, sous l’impulsion de Si Moussa, grand vizir du sultan Hassan Ier. À sa mort, c’est son fils, Bou Ahmed, qui reprend le flambeau et agrandit considérablement le palais entre 1894 et 1900, pour en faire l’un des plus vastes et des plus fastueux du Maroc de son époque : plus de 150 pièces réparties sur 8 hectares, entre cours, jardins et appartements.
Le nom « Bahia » signifie « la belle » ou « la brillante » en arabe, en référence à la favorite du vizir. Le palais a ensuite servi de résidence au Résident général pendant le protectorat français, avant de devenir le musée que l’on visite aujourd’hui.
Le Médina, coeur vaillant de Marrakech
« Médina » veut tout simplement dire « ville » en arabe. Dans les faits, le mot désigne le noyau historique des villes marocaines, celui qui existait avant l’arrivée des Français au début du 20e siècle et la construction des quartiers modernes à côté (Guéliz, pour Marrakech). C’est donc la ville fortifiée à l’intérieur des remparts, un dédale de ruelles étroites où l’on se perd assez facilement.
À l’époque, ces remparts n’étaient pas là pour faire joli : ils servaient à protéger la ville et ses habitants des attaques, tout en marquant clairement la limite entre la ville et la campagne alentour. À l’intérieur, la médina s’organisait autour de la mosquée principale, avec les souks juste à côté, et les quartiers d’habitation qui s’étendaient tout autour, souvent regroupés par corporations de métiers ou par communautés (le Mellah, par exemple, était le quartier juif de Marrakech). C’était donc à la fois un centre religieux, un centre économique et un lieu de vie, pensé pour que tout le nécessaire soit accessible à pied.
Les rues de la médina de Marrakech
Et à l’intérieur de la médina, il y a un quartier à part : la Kasbah. Contrairement au reste de la ville, dédié au commerce et à l’habitat, la Kasbah est un quartier fortifié qui servait de citadelle royale, avec le palais, l’armée et le pouvoir politique. Un peu comme une ville dans la ville, protégée par ses propres remparts en plus de ceux de la médina.
Ça m’a beaucoup rappelé la Mdina de Malte : le même principe de ville fortifiée avec un centre historique labyrinthique, où il vaut mieux se laisser porter plutôt que de suivre un plan à la lettre.
Faire des affaires dans le souk
Au cœur de la médina, il y a le souk. Le mot vient de l’arabe « sûq », qui veut simplement dire « marché », et qui viendrait lui-même d’une racine araméenne signifiant « rue ». C’est là que se concentrent les commerçants et artisans, traditionnellement regroupés par métier dans des ruelles dédiées : une pour les teinturiers, une pour les tanneurs, une pour les bijoutiers, et ainsi de suite.
Que les négociations commencent !
Cette fois-ci je n’ai rien acheté, faute de place dans mon petit sac à dos, mais j’ai pu observer les négociations en direct entre vendeurs et touristes qui cherchent tous à tirer le meilleur prix. Il faut savoir que la négociation fait vraiment partie de la culture là-bas : ça se marchande sur à peu près tout. On se retrouve vite à l’étroit dans les allées, entre les scooters qui se faufilent et les hommes qui tirent des remorques chargées de marchandises. Et pour manger, il y a moyen de trouver des petits fast-foods où l’on mange vraiment pour pas cher.
La place Jemaa el-Fnaa
Juste en face de la Koutoubia, la place Jemaa el-Fna est le cœur battant de Marrakech, classée depuis 2001 au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO pour tout ce qui s’y joue au quotidien. Le matin, vers 8h, elle est quasiment vide, presque étrange de calme. Puis elle se remplit peu à peu au fil de la journée, et reste animée jusque tard le soir.
Marrakech vit beaucoup du tourisme, et cette place en est un peu le folklore local : ça sent les épices à plein nez, on entend de la musique de partout, et on croise toutes sortes de vendeurs, du jus d’orange pressé aux souvenirs en passant par les stands de nourriture qui s’installent à la tombée de la nuit.
Coucher de soleil sur Jemaa El-Fnaa
Tout autour de la place, les immeubles regorgent de terrasses et de rooftops, et c’est clairement l’un des meilleurs plans pour profiter de Jemaa el-Fna autrement. En journée, on y grimpe pour prendre un thé à la menthe au soleil, un peu en hauteur, loin de l’agitation d’en bas. Et en fin de journée, c’est là qu’il faut être : quand le soleil commence à descendre derrière le minaret de la Koutoubia, la place se pare de reflets orangés, les lanternes des stands s’allument une à une, et on a une vue imprenable sur toute cette agitation qui se met en place pour la soirée. Le Café de France et le Café Glacier sont sans doute les plus connus et les plus centraux, mais il y a largement de quoi trouver son coin tranquille parmi toutes les terrasses qui bordent la place.
Pourquoi appelle-t-on Marrakech la ville rouge ?
On surnomme souvent Marrakech « la ville rouge » ou « la ville ocre », et ce n’est pas un hasard marketing : c’est tout simplement la couleur des matériaux utilisés pour construire la ville. Les remparts, érigés dès le 12e siècle sous la dynastie almoravide, ainsi qu’une grande partie des bâtiments de la médina, sont faits de pisé, un mélange de terre argileuse locale, riche en oxyde de fer, qui donne naturellement cette teinte rouge-ocre. Aujourd’hui encore, la réglementation impose de conserver cette palette de couleurs dans le centre historique, pour préserver l’harmonie architecturale de la ville.
Les fortifications autour de la Médina de Marrakech
Un petit clin d’œil à Chefchaouen, la fameuse ville bleue du nord du Maroc, tout aussi célèbre pour sa couleur signature, mais pour des raisons bien différentes. On ira voir là bas si j’y suis un de ces jours !
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